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Musée de la Paix de Gernika

Le Centre de Documentation sur le Bombardement 
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Bombardement de Gernika

Le début du conflic: La guerre civile Espagnole

17-20 juillet 1936. En tout juste quatre jours, ce fut le chaos. Les premières heures apportèrent leur lot d'insécurité, de craintes et d'incertitude. Parfois, la violence éclata dans les rues. Moments de folie collective lors desquels chaque groupe tenta d'annihiler son adversaire... Peu à peu, commença à devenir évident à quel point la réalité avait changé. Il n'était plus possible de prendre un train pour n'importe quelle destination. Des gens ne pouvaient communiquer avec leurs proches, d'autres tentaient de passer inaperçus et beaucoup cherchaient à fuir mais ne purent parvenir à leurs fins.

L'Espagne en guerre était divisée en territoires amis et ennemis. Manger, travailler, penser, se mettre en relation les uns avec les autres et avec le propre entourage, n'étaient plus chose courante. Soudain la paix s'évanouit et, avec elle, la vie même.

"Le sort de l'Espagne s'était joué au pile ou face lors du soulèvement et chaque camp clamait sa vérité. Entre ces deux vérités, la seule coÏncidence était leur incompatibilité".

Le bombardement de Gernika

el guernica de picassoLes gens de Gernika vécurent dès le début les ravages de la guerre, même si les premiers mois l'atmosphère de la ville n'en fut pas excessivement altérée. Dans un premier temps, la normalité ne se vit perturbée que par quelques arrestations. Puis, les jeunes de la ville commencèrent à s'enrôler dans les bataillons de Gudaris. Suivit bientôt la mobilisation des premières classes, la militarisation des entreprises locales et le rationnement.

A mesure que le front se rapprochait, les effets directs de la guerre prenaient de plus en plus d'ampleur. On vit arriver les premiers réfugiés et passer des bataillons de gudaris qui battaient en retraite. Un hôpital d'évacuation fut installé dans le Collège des Carmélites. Les nouvelles sur le déroulement de la guerre rapportées par des témoins se mêlaient à des rumeurs alarmantes. Le 31 mars 1937, l'armée de Franco bombarda Durango et la peur commenÁa à se répandre dans la population. Les autorités locales ordonnèrent la construction de plusieurs refuges antiaériens. Et ce fut le 26 avril 1937. Lundi. Jour de marché.

"En milieu de journée, on a commencé à s'inquiéter. Il y avait en effet sans arrêt des volées de cloches au passage d'avions. Et puis, après ce qui s'était passé à Durango, la peur nous gagnait "
Cava Mesa, Ma Jesús et Alii. Memoria colectiva del bombardeo de Gernika

"Sortir du refuge et voir cela fut horrible. Tout le marché brûlait, tout était incendié. Tous nous tremblions. Comment allions-nous imaginer qu'il allait se produire une telle chose ! Toute une ville en feu ! Sans parler de la crainte qui était la nôtre !"
Cava Mesa, Ma Jesús et Alii. Memoria colectiva del bombardeo.

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Lattaque aérinne. Aspects militaires du bombardement

El ataque aéreoLe premier avion apparut dans le ciel vers quatre heures de l'après-midi et largua quelques bombes. Au bout d'un quart d'heure environ, ce fut la première vague, trois avions en formation triangulaire qui volaient très bas. Ainsi commenÁa le bombardement systématique de Gernika, lequel allait se prolonger plus de trois heures.

Les aspects techniques du bombardement de Gernika demeurent à ce jour l'un des thèmes les plus passionnants de l'histoire contemporaine. La destruction de Gernika fut le fait de la Légion Condor allemande et des forces aériennes italiennes, agissant sous les ordres des putschistes de l'armée franquiste. La tactique militaire appliquée fut si dévastatrice que Gernika est passée dans l'histoire comme le premier essai de guerre totale.

"Les avions décollaient de l'aérodrome de Vitoria, dépassaient le littoral puis faisant demi tour, suivaient la vallée du Oca, pour attaquer Guernica du Nord au Sud. Selon toute vraisemblance, les appareils étaient de trois types : Heinkel 111 et Junker 52 de bombardement et Heinkel 51, qui sont des avions de chasse dotés de mitrailleuses. Ils devaient former deux vagues, qui se relayaient tour à tour. Quant au nombre de chacune, une polémique générale existe à ce sujet. Pour clarifier, on peut parfaitement supposer que dans chaque vague intervenaient, bombardiers et chasseurs réunis, de 15 à 20 avions. C'était suffisant. Leur tactique consistait à jeter en premier des bombes brisantes ordinaires, puis des grappes de petites bombes incendiaires et, simultanément, à mitrailler les gens à découvert, non seulement ceux qui se trouvaient dans la ville, mais aussi dans ses environs et même dans les communes des alentours."
Martínez Bande. Vizcaya.

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La destruction de la ville

Lors du bombardement, plus de 31 tonnes de bombes ont été larguées sur Gernika. Le centre-ville, de moins de 1 km2, a été entièrement dévasté. Ce raid meurtrier a totalement détruit 85,22% des bâtiments – soit 271 au total – et le reste a été touché. Les bombes incendiaires ont provoqué une tempête de feu qui n'a pu être maîtrisée qu'après plusieurs jours. Dans l'esprit de bombardement de la terreur, les usines d'armement et le pont d'Errenteria sont les seuls objectifs stratégiques de la ville à ne pas avoir été bombardés.

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Le Gouvernement d'Euskadi - Pays Basque a recensé 1 654 victimes. Le maire de Gernika, Jose Labauria, a déclaré à l'époque que plus de mille personnes avaient perdu la vie à Gernika, dont 450 au refuge de la rue Andra Mari. Le père Eusebio Arronategi qui, comme Labauria, se trouvait à Gernika pendant le bombardement et les jours suivants pour aider aux opérations de sauvetage et d'identification des cadavres, a déclaré à son tour avoir vu « des milliers de ses concitoyens asphyxiés, morts et blessés ». 38 témoins oculaires, notamment tous les reporters internationaux dépêchés à Gernika, ont relayé ces chiffres. Toutefois, le nombre total de victimes mortelles est difficile à connaître d'autant que les plus de 60 000 m3 de décombres ne seront pas retirés du centre-ville avant fin 1941. Le régime franquiste n'a consigné aucun décès durant cette période et s'est évertué à faire disparaître les registres tenus par les autorités basques, au point même d'effacer la mémoire des victimes. Néanmoins, les travaux de recherche se poursuivent sur le comptage et l'identification des victimes.

"Quand le bombardement cessa, les gens sortirent de leurs refuges. Personne ne pleurait. Les visages exprimaient la stupeur. Personne parmi nous ne donnait crédit à ce qu'il voyait. A la tombée du jour, on ne pouvait pas voir à plus de 500 mètres. De toutes parts, les flammes causaient des ravages et il montait une épaisse fumée noire".
Alberto de Onaindía. Repris par Hans Christian Kirsch: in Der Spanische Bürgerkrieg in Augenzeugenberichte

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L'occupation de Gernika

mujer_entre_malezaLes troupes nationales firent leur entré dans Gernika trois jours après le bombardement. Le contingent militaire franquiste se composait d'Italiens, d'Allemands, de Maures et de requetés. Beaucoup avaient fui par crainte des représailles, notamment ceux qui étaient connus comme républicains et nationalistes. Dans les premiers jours, les soldats distribuèrent du pain et de la nourriture parmi la population. Mais peu à peu se firent sentir les effets de la pénurie et du rationnement.

Les troupes maures furent cantonnées en divers lieux de la ville, entre autres dans l'église de Santa María. Ultérieurement les femmes de Gernika furent contraintes de laver à grande eau ces endroits profanés. Cet épisode fut l'une des humiliations qui laissa l'empreinte la plus profonde dans leur mémoire.

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L'expérience du bombardement

mujer_entre_malezaLe bombardement prit de court tous les habitants de Gernika. Y compris ceux qui, alertés du danger, n'auraient jamais pensé à une attaque d'une telle intensité. Quand les premières bombes tombèrent, les gens cherchèrent à s'abriter dans les endroits qu'ils jugeaient les plus sûrs ou simplement dans ceux qui étaient à leur portée. Outre les refuges municipaux, on pouvait également se rendre dans les usines, dans les caves à vin et dans les sous-sols des bâtiments. Il y eut des gens qui choisirent d'abandonner la ville pour se cacher sur les hauteurs, dans les broussailles, dans les vergers et dans les fermes, y compris dans les fossés.

L'expérience du bombardement fut horrible pour eux tous; peur, angoisse, insécurité, incertitude et sentiment de vulnérabilité. Beaucoup d'habitants passèrent les longues heures que dura l'attaque aérienne dans l'inquiétude pour leurs proches qui n'étaient pas à leurs côtés. Ceux qui ont pu expliquer leur expérience évoquent le manque d'air dans les refuges, les pleurs des enfants et les prières. Quant tout fut fini, ce qu'ils ressentirent fut quelque chose de semblable à une profonde confusion, faite de désarroi, d'incrédulité et de stupeur devant une vision qui les laissait incrédules.

"Il devait être quatre heures et demie de l'aprés-midi, j'étais en train de vérifier les sommes de la liquidation précédemment mentionnée dans le bureau des négociants de la calle San Juan [...] nous vîmes un avion qui tournait au-dessus de la ville et qui prenait la direction d'Amorebieta, après avoir lâché trois bombes explosives sur différents points de la ville. C'était jour de foire, les gens étaient nombreux, effrayés. Ils se mirent à l'abri dans les refuges ou s'enfuirent vers les bois et les fermes proches. Pour ma part, je me protégeai dans le refuge que nous avions aménagé en sous-sol et j'y vécus, une heure environ, le bombardement ininterrompu [...]
Le bombardement dura jusqu'à huit heures moins le quart de l'après-midi. A la sortie, je vérifiai que ma voiture [...] était en feu, touchée par une bombe incendiaire qui l'avait atteinte et je me dirigeai vers la voie de chemin de fer, afin de voir ce qu'il était advenu des usines de matériel de guerre... Je fus surpris de voir que l'aviation les avait laissées intactes; apparemment de manière intentionnelle, afin de pouvoir profiter de leur production lorsqu'ils s'empareraient de Guernica. Intactes également la Casa de Juntas et l'Arbre de Guernica, par crainte, sans doute, de protestations de la part des éléments basques, essentiellement navarrais, qui marchaient avec les troupes franquistes"
Castor Uriarte, Bombas y mentiras sobre Guernica

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La diffusion du bombardement

La difusión del bombardeoLa diffusion des fait survenus à Gernika ce 26 avril 1937 fit l'objet dès les premiers moments d'une profonde controverse. Certains témoins du bombardement ainsi que les personnalités les plus représentatives du gouvernement basque et de la société basque, dénoncèrent à la face du monde la destruction de la ville des libertés basques et l'implication de l'armée allemande et franquiste. La nouvelle fut publiée dans les principaux moyens d'information européens, grâce la rapide intervention de certains journalistes parmi lesquels se détache la figure de George Steer.

Jamais le camp national ne voulut admettre sa responsabilité. Au contraire, il tergiversa les preuves et utilisa à la presse franquiste pour accuser les républicains basques, qu'il appelait rouges-séparatistes, d'avoir provoqué l'incendie de la ville dans sa retraite vers Bilbao. A ce jour, l'armée espagnole n'a pas reconnu son implication dans le bombardement de Gernika.

"Devant Dieu et devant l'Histoire qui doit tous nous juger, j'affirme que pendant trois heures et demie les avions allemands bombardèrent avec un acharnement sans précédent la population civile sans défense de la ville historique de Gernika, la réduisant en cendres, poursuivant par le feu des mitrailleuses des femmes et des enfants, qui ont péri en grand nombre, les autres fuyant, fous de terreur".
José Antonio Aguirre. Président du gouvernement d'Euskadi.

"Aguirre ment. Nous avons respecté Guernica, comme nous respectons tout ce qui est espagnol".
Francisco Franco.

" La déclaration publiée par Salamanque selon laquelle Guernica a été détruite par les rouges est absolument fausse. Personnellement, je parlai avec plus de 20 réfugiés de Guernica dans les environs de la ville la nuit de la destruction. Exception faite du nombre d'aions qui la bombardèrent, toutes les déclarations coÏncident dans tous leurs détails. [...] La preuve évidente que Guernica a été détruite par l'aviation se démontre de la manière suivante : dans toute la ville et sur les toits qui n'avaient pas été détruits par l'incendie, on voyait d'innombrables trous de bombes qui n'y étaient pas en milieu de journée, quand je visitai Guernica. Arbres coupés net ou branches pelées par la mitraille... Un journaliste en ma présence a ramassé trois bombes, toutes trois allemandes, datées de 1936. Tout le monde sait que dans la ville un grand nombre de femmes et d'enfants ont subi une attaque dans un refuge anti-aérien et il est évident que ceux-ci ne seraient pas allés se réfugier dans un lieu que les rouges auraient eu l'intention d'incendier... J'étais à Guernica vers une heure trente du matin et nulle part on ne pouvait sentir l'odeur de pétrole... Une grande partie de Guernica n'est pas un amas de cendres, mais un amas de décombres. "George Steer, The Times, , 6 mai 1937"

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Gernika au lendemain de la guerre: Le franquisme et la répresion

Les premières anénes du franquisme furent celles de la reconstruction de Gernika. Y participèrent les prisonniers politiques, installés dans le collège des Pères Augustins et des personnes libres qui étaient rémunérées. Les travaux durèrent cinq longues années et, paradoxalement, le responsable ultime de la destruction de Gernika, Francisco Franco, fut nommé enfant adoptif de la ville.

La reconstruction des bâtiments et le dessin de nouvelles rues et de jardins ne russirent pas à réparer tout ce qui avait été détruit. L'atmosphère que l'on respirait à Gernika avant la guerre allait en rester durablement altérée. Le franquisme instaura une dure répression idéologique et culturelle. On imposa de nouvelles normes et de nouvelles conduites; les dénonciations et les perquisitions domiciliaires furent mises à l'ordre du jour et nul n'échappait à l'examen scrupuleux de la Garde civile. Les habitants durent faire face à la peur, à la défiance et aux soupÁons mutuels. Nul ne leur rendit le Gernika ouvert et chaleureux qu'ils avaient connue.

Cependant, pendant les années de la dictature, Gernika ne cessa d'être le symbole des libertés basques et en 1964 la tenue de l'Aberri Eguna (jour de la patrie basque) réunit deux mille personnes dans la ville.

"Il y avait beaucoup de méfiance. Cela fut après, car avant nous étions tous pareils. Et puis la police, les mouchards (...) Il y eut beaucoup de gens qui furent mis en prison. La peur dura jusqu'à la mort de Franco"
CAVA MESA, Ma Jesús et Alii. Memoria colectiva del bombardeo de Gernika

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Vers la réconciliation

La réconciliation est de nos jours un outil de base dans la résolution des conflits. En tant que tel, sa signification est riche et à la fois complexe. Même ainsi, tous nous entendons que réconcilier signifie convertir en amis ceux qui furent ennemis dans une période précédente. Pour ce faire, il faut que l'agresseur reconnaisse sa culpabilité et accepte la responsabilité des actes du passé.

Gernika est aujourd'hui tout un exemple de réconciliation avancé; le processus n'est pas encore arrivé à son terme mais le chemin est long. A ses origines, il fallut faire face à de sérieux déficits, dans la mesure où l'Allemagne tarda à faire les premiers pas pour réparer les dommages causés.

La reconnaissance de l'implication allemande dans le bombardement de Gernika n'arriva qu'en 1997, quand le président Herzog envoya une lettre aux survivants dans laquelle il admettait l'implication de l'Allemagne dans l'attaque aérienne de 1937. Cet acte symbolique fut le fruit du travail de nombreuses personnes et institutions; le résultat d'innombrables démarches, espoirs et déceptions. Aujourd'hui, les habitants de Gernika, jumelée avec la ville allemande de Pforzheim, ouvrent de nouvelles voies de compréhension et d'appui mutuel avec le peuple qui fut un jour leur agresseur. Il n'a pas été fait justice. Toutefois, le chemin vers la réconciliation a été déblayé, tout en préservant la flamme du souvenir de Gernika.

"Et ils nous lancèrent une pluie de feu, de mitraille et de mort. Et ils détruisirent notre village. Cette nuit-là, nous ne pûmes ni rentrer dîner chez nous, ni dormir dans notre lit. Nous n'avions plus de foyer. Nous n'avions plus de maison. Mais cet acte incompréhensible pour nous, loin de nous laisser un sentiment de haine ou de vengeance, nous donna un désir énorme, immense, de paix. Le désir de que cela n'arrivât plus jamais. Et que des ruines de ce qui fut notre petite cité, devait surgir un étendard de paix pour tous les peuples du monde".
Déclaration des témoins survivants après la lecture de la reconnaissance du Président de la République fédérale d'Allemagne.

icono pdf Bibliographie sur le Bombardement de Gernika

Pour en savoir plus, contactez le Centre de Documentation sur le Bombardement de Gernika dokumentaziozentrua@gernika-lumo.net.

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